L'affaire débute avec l'expulsion de l'attaquant américain Folarin Balogun lors du seizième de finale contre la Bosnie-Herzégovine. Selon le règlement, ce carton rouge aurait dû le priver du huitième de finale face à la Belgique. Fait exceptionnel, sa suspension a été levée par la FIFA à la veille de la rencontre, suite à une demande formulée par le président américain Donald Trump.
Cette décision a été qualifiée d'« ingérence » et a suscité une vive polémique avant même le coup d'envoi. La réponse belge s'est d'abord manifestée sur le terrain, avec une victoire sans appel sur le score de 4-1. Elle s'est poursuivie dans le vestiaire, où les joueurs ont imité la « Trump Dance » pour tourner en dérision le président américain. La ministre des Sports en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galant, s'est ensuite dite « scandalisée » par la « perméabilité de la FIFA face aux ingérences ».
L'empressement de la FIFA à satisfaire la requête de Donald Trump s'éclaire à la lumière de la relation cultivée entre son président, Gianni Infantino, et le chef de l'État américain. En décembre 2025, M. Infantino avait remis à Donald Trump un « prix de la paix » de la FIFA, une distinction créée pour l'occasion et dont personne n'avait entendu parler auparavant. Cet épisode, perçu comme une manœuvre pour s'attirer les bonnes grâces du pays hôte, a jeté le discrédit sur l'impartialité de l'instance dirigeante du football mondial. La décision de lever la suspension de Folarin Balogun n'apparaît donc pas comme un acte isolé, mais comme la conséquence d'une proximité politique qui écorne les principes d'équité sportive. L'institution, en cédant à une pression présidentielle, a donné l'image d'un corps arbitral dont les règles sont soumises à l'influence politique.
Cette rupture des principes a provoqué une réaction officielle en Belgique. La ministre des Sports en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galant, s'est déclarée « scandalisée » par la « perméabilité de la FIFA face aux ingérences ». Interrogée au parlement, elle a exigé que la fédération internationale fournisse des « réponses sur son fonctionnement interne » afin qu'elle « puisse à nouveau se regarder en face ». La ministre a annoncé son intention de porter le débat sur la bonne gouvernance des fédérations sportives à l'agenda d'une prochaine réunion des ministres européens des Sports. La polémique a ainsi dépassé le cadre du jeu pour devenir un enjeu diplomatique, la Belgique contestant publiquement la soumission de l'instance sportive à des intérêts politiques nationaux.
Sur le terrain, les Diables Rouges ont apporté une réponse directe et sans équivoque. La victoire 4-1 n'a pas seulement été une qualification; elle a été une démonstration de force qui a rendu l'ingérence politique vaine. Ni Folarin Balogun, le joueur au cœur de la controverse, ni aucun autre membre de l'équipe américaine n'ont semblé en mesure de rivaliser avec le niveau de jeu des Belges. Le résultat sportif a agi comme un verdict, soulignant l'absurdité d'une manœuvre en coulisses face à la réalité du talent et de la préparation d'une équipe. L'écart de niveau a été si manifeste que la polémique sur l'arbitrage a été balayée par la supériorité athlétique.
La réponse des joueurs ne s'est pas arrêtée au coup de sifflet final. Dans l'intimité du vestiaire du Lumen Field de Seattle, les Diables Rouges se sont filmés en train d'imiter la « Trump Dance », ce déhanché caractéristique du président américain lors de ses meetings. Diffusée sur les réseaux sociaux, cette moquerie a agi comme un épilogue symbolique, tournant en dérision la tentative de pression. C'était une manière pour les joueurs de clore la page politique et de réaffirmer que, finalement, le jeu leur appartient. L'humiliation sportive s'est ainsi doublée d'une humiliation personnelle, la danse devenant le mème d'une victoire totale.
L'incident et l'élimination de l'équipe hôte ont eu des conséquences économiques immédiates, révélant la fragilité de l'engouement local. Selon le magazine _Forbes_, le prix des billets pour le quart de finale suivant, opposant la Belgique à l'Espagne, a chuté de près de 60 % sur le marché de la revente quelques heures après la défaite américaine. Le billet le moins cher est passé de 2 950 dollars à environ 1 200 dollars, signe que l'intérêt du public était largement conditionné par la présence de l'équipe nationale et, potentiellement, par la narration politique qui l'entourait. La défaite a non seulement mis fin au parcours des États-Unis, mais aussi à la bulle spéculative qui s'était formée autour de ses matchs.
L'affaire Balogun dépasse désormais le cadre strict du Mondial. En portant le débat sur la gouvernance de la FIFA au niveau des ministres européens des Sports, Jacqueline Galant transforme une polémique sportive en un enjeu politique. La question n'est plus seulement de savoir si une règle a été enfreinte, mais si les fédérations internationales peuvent s'affranchir des principes d'équité sous la pression d'un État, particulièrement celle du pays organisateur. Cette démarche belge pourrait créer un précédent et forcer la FIFA à clarifier ses procédures pour prévenir de futures ingérences.
Sur le plan sportif, si la Belgique se prépare à affronter l'Espagne en quart de finale, elle le fait dans un climat de méfiance envers l'arbitrage. La désignation de l'Anglais Michael Oliver, un arbitre à la réputation jugée sévère et dont le dernier match a suscité des critiques, place la FIFA sous une surveillance accrue. Après la concession faite à Donald Trump, toute décision litigieuse lors de ce match à haute tension sera inévitablement scrutée, et potentiellement interprétée comme un signe de la fragilité de l'institution face aux pressions politiques.