Ce forfait fige l'ardoise d'Engie, la mettant définitivement à l'abri des réévaluations triennales qui empoisonnaient ses bilans. L'ONDRAF pointe déjà un écart de 4 milliards d'euros dans les provisions, mais l'État préfère ignorer le gouffre pour s'offrir un mirage de contrôle. En suspendant le démantèlement par décret, la coalition Arizona parie sur la résurrection de reliques comme Tihange 1, au risque d'exploser les budgets de maintenance. C'est une décharge transformée en trésor national.
On vise le 1er octobre 2026 pour sceller le protocole définitif. Dans les couloirs du ministère de l’Énergie, on s’agite, mais les rangs s’éclaircissent. Mathieu Bihet a vu son chef de cabinet démissionner en plein bras de fer, laissant Pierre Brassinne reprendre les dossiers au débotté face aux experts d’Engie qui pratiquent l’atome depuis quarante ans.
C’est un duel entre un propriétaire de paquebot qui veut saborder sa vieille flotte et un acheteur qui n'a jamais tenu la barre. « Nous ne devons pas acheter chat dans un sac », prévient Maxime Prévot depuis Pékin. Trop tard: le sac est déjà sur la table, et l’État accepte d’y fourrer non seulement les réacteurs, mais aussi tout le personnel et des filiales spécialisées dont il devient l’unique patron.
Les patrons flamands du Voka et les gros bras de Febeliec poussent à la roue, réclamant de l’électron à tout prix pour contrer les tarifs français. Pour l’industrie, cette reprise est une bouée de sauvetage; pour Groen, c’est une folie budgétaire. Aimen Horch s’indigne: on sacrifie les pensions pour financer des antiquités que même Engie ne veut plus exploiter. Pourquoi le service public réussirait-il là où une multinationale, centrée sur le profit, préfère jeter l'éponge?. On demande même à l’Agence fédérale de contrôle nucléaire de plancher sur la prolongation des réacteurs sans attendre le feu vert de l’exploitant.
Le climat, lui, se moque des décrets. Cet été 2026, le réseau électrique européen transpire. En Roumanie, à la centrale de Cernavoda, on a dû débrancher un réacteur parce que le Danube est à sec.
En Hongrie, à Paks, le Premier ministre Magyar voit ses machines s'étouffer sous une canicule sans précédent. En Belgique, on compte sur la Meuse et l'Escaut pour refroidir des cuves qui ont déjà trop servi. Si l'eau manque ou si le mercure s'affole, le « trésor » de Bart De Wever ne sera qu'un alignement de cheminées silencieuses. L'État sera alors l'unique assureur d'un parc incapable de produire, mais dont la maintenance continuera de dévorer les millions.
Pendant ce temps, Engie regarde ailleurs. Le groupe se rêve en champion du renouvelable et des batteries, lorgnant sur les réseaux britanniques de UK Power Networks pour reverdir son image et son bilan. Pour Paris, le nucléaire belge est un vieux meuble encombrant dont on paie le déménagement pour ne plus jamais en entendre parler.
Pour Bruxelles, c’est une hypothèque sur trente ans, maquillée en indépendance nationale. On suspend le démantèlement de Doel 3 et Tihange 2 dans l'espoir d'un miracle technique, alors que les pièces de rechange deviennent des objets de collection. De la blague! On ne ressuscite pas des cathédrales de béton avec des intentions politiques.
L'objectif est fixé au 1er octobre 2026 pour boucler le protocole définitif. Engie s'offre une immunité définitive contre les révisions de factures, protégée par ce solde de tout compte. La direction parisienne peut désormais soigner ses réseaux d'outre-Manche sans regarder en arrière.
La Belgique, elle, hérite de sept machines dont les premières datent de 1975. C'est une affaire de bonneteau. Le privé emporte la caisse, l'État ramasse les débris.