La FIFA, entre la morale et le tiroir-caisse
J'ai vu, de mes propres yeux, la pelouse d'Atlanta s'enflammer d'un coup de théâtre bien peu sportif. À peine le coup de sifflet final avait-il retenti sur la détresse anglaise que Giovani Lo Celso et ses camarades déployaient leur fameuse banderole revendiquant les Malouines. Un affront politique en mondovision. Là où l'UEFA sabrait sans trembler les Espagnols Rodri et Morata pour un refrain sur Gibraltar, la FIFA s'enferme aujourd'hui dans un mutisme de greffier, feignant d'analyser de vagues rapports de match.
Ne cherchez pas de grandeur morale chez Gianni Infantino. La rigueur éthique de la FIFA s’arrête net là où s’ouvrent les guichets de sa finale au MetLife Stadium. Suspendre Lionel Messi pour un outrage politique? Allons donc! À 11 117 dollars le billet moyen, le tiroir-caisse l'emporte toujours sur la règle.
À Nyon, l'UEFA n'avait pas cillé pour suspendre Álvaro Morata et Rodri d'un match ferme après leurs refrains sur Gibraltar. À Atlanta, Lionel Messi, Leandro Paredes et Lisandro Martínez paradent avec leur calicot nationaliste sous le nez des caméras. Paredes s'en va même expliquer au micro que cet archipel contesté appartiendra toujours à sa patrie.
Face à cela, la commission de discipline de la FIFA « évalue ». Elle lit les rapports, elle pèse les virgules, elle attend sagement que le vent tourne. C’est que l'éthique a le pas lourd quand les dollars pèsent des tonnes.
Il faut dire que le temple du New Jersey se prépare à un office d'or massif. Dimanche, le MetLife Stadium accueillera la finale la plus coûteuse de l'histoire du sport, avec un billet moyen fixé au tarif astronomique de 11 117 dollars. Les places les moins chères s'arrachent à 4 000 dollars, et les loges frôlent l'indécence.
Gianni Infantino justifie cette foire aux enchères par la maturité du marché américain du divertissement. La FIFA va jusqu'à vendre la pelouse par petits morceaux pour arrondir ses fins de mois. Allez donc priver un tel public de son messie en short pour une simple affaire de souveraineté insulaire. Le spectacle n'aime pas les chaises vides, surtout quand elles coûtent des fortunes.