Le 7 juillet, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen pour détournement de fonds publics à une peine d'un an sous bracelet électronique. Les juges, au nom de la « liberté de choix de l’électeur », ne l'ont toutefois pas privée de son éligibilité. Le soir même, sur le plateau de TF1, la cheffe du Rassemblement national a annoncé son pourvoi en cassation, une procédure qui suspend immédiatement l'exécution de sa peine.
Dans la foulée, elle a officialisé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, lançant sa campagne dès le lendemain dans la Sarthe. La Cour de cassation a précisé son calendrier le 8 juillet: elle pourrait rendre son arrêt « au plus tard début avril 2027 ». Une décision qui tomberait ainsi juste avant le premier tour du scrutin, prévu le 18 avril 2027.
Le pourvoi en cassation de Marine Le Pen repose sur un unique et mince argument de droit, déjà balayé à deux reprises. Sa défense soutient que l'article 432-15 du Code pénal, qui punit le détournement de fonds par une « personne dépositaire de l'autorité publique », ne s'applique qu'aux agents nationaux. Un député européen, plaide-t-on, relèverait d'une instance internationale et échapperait donc à ce cadre.
La cour d'appel de Paris a sèchement rejeté cette lecture. Dans leur arrêt, les magistrats ont estimé qu'un élu au Parlement européen exerce bien une « mission de service public » et que les fonds européens, issus des contributions des États membres, sont bien des « fonds publics ». La Cour de cassation, qui ne juge que la bonne application du droit et non le fond de l'affaire, devra donc trancher ce point technique.
En suspendant l'application de sa peine, la candidate s'offre un répit politique immédiat. La perspective d'une campagne menée avec un bracelet électronique, image dévastatrice, s'éloigne considérablement. Elle gagne du temps et peut installer son récit: celui d'un acharnement judiciaire et d'une manœuvre politique visant à l'écarter. Son premier déplacement de campagne dans la Sarthe, bien que chahuté, visait à projeter l'image d'une candidate qui ne se laisse pas abattre par une décision de justice qu'elle conteste.
L'annonce du calendrier de la Cour de cassation transforme ce répit en un jeu de poker menteur. La plus haute juridiction a fait savoir qu'elle rendrait sa décision « au plus tard début avril 2027 », soit quelques jours à peine avant le premier tour du 18 avril. Ce délai, présenté comme une tentative de ne pas interférer avec le scrutin, produit l'effet inverse: il place une épée de Damoclès judiciaire au cœur même de la campagne présidentielle. Chaque jour, chaque meeting, chaque interview se déroulera désormais avec cette échéance en toile de fond.
Deux scénarios, diamétralement opposés, se dessinent pour la candidate à l'approche du vote. Si la Cour de cassation lui donne raison et annule sa condamnation, elle aborderait la dernière ligne droite auréolée d'une victoire judiciaire totale, se posant en victime innocentée par l'État de droit. Un tel dénouement transformerait le plomb judiciaire en or politique.
En revanche, si la Cour rejette son pourvoi, sa condamnation pour détournement de fonds publics deviendrait définitive. Elle se présenterait alors devant les électeurs avec, sur son casier, une sentence toute fraîche confirmant sa culpabilité. Le pari est absolu.
Une condamnation définitive, même sans bracelet électronique, serait un boulet politique. Se présenter au premier tour avec une sentence toute fraîche pour détournement de fonds publics fournirait un angle d'attaque redoutable à ses adversaires. Son premier déplacement de campagne, perturbé à La Flèche, a montré que le péril judiciaire est déjà au cœur du débat, occultant son message. L'argument de la « sacrifiée » politique, efficace pour mobiliser sa base, pourrait se heurter à la réalité d'une culpabilité confirmée par la plus haute instance judiciaire.
À l'inverse, une annulation par la Cour de cassation la transformerait en victime innocentée, validant sa thèse d'un complot. Cette épée de Damoclès a aussi une conséquence immédiate: elle maintient Marine Le Pen au centre du jeu, alors que certains partenaires européens auraient préféré voir Jordan Bardella, jugé plus rassurant, porter les couleurs du RN. Quoi qu'il advienne, la campagne de 2027 se jouera pour elle sur un fil, entre la réhabilitation et le déshonneur judiciaire.