Police unique: la démocratie locale sacrifiée pour traquer le crime.
Présentée comme une arme contre le crime organisé, la future « Police de Bruxelles » unifiera les six zones de la capitale dès 2028. En centralisant le commandement et en supprimant les conseils de police, la réforme risque cependant de sacrifier le contrôle démocratique local et le lien de proximité avec les habitants.
La loi a été adoptée par la Chambre en mai 2026, et dès le 8 juillet, les bourgmestres bruxellois tenaient leur premier collège de police. La future entité a un nom: « Police de Bruxelles ». Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, en présidera le collège, tandis que Michel Goovaerts, actuel chef de corps de la plus grande zone, coordonnera la transition. Une application « loyale » de la loi, a précisé Philippe Close, tout en rappelant que la justice est saisie.
Car cette fusion, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2028, est imposée. L'association des communes bruxelloises, Brulocalis, ainsi que plusieurs municipalités, ont introduit un recours en annulation auprès de la Cour Constitutionnelle. Elles dénoncent une discrimination: pourquoi contraindre Bruxelles à une fusion obligatoire quand les autres zones du pays sont seulement « encouragées » à le faire?
La nouvelle organisation regroupera quelque 6 500 agents et sera découpée en neuf divisions locales pour préserver une forme de proximité. Mais la réforme supprime les conseils de police, organes de contrôle démocratique, concentrant le pouvoir dans les mains du seul collège des bourgmestres.
Le projet porté par le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, part d’un constat: la sécurité à Bruxelles s’est « inexorablement dégradée », notamment face à la criminalité organisée qui ne se limite plus à quelques communes. Pour le gouvernement, le découpage en six zones avec six commandements distincts constitue un « frein à l’efficacité opérationnelle » qu’il faut lever. L’agrandissement d’échelle, soutenu par des travaux scientifiques, est présenté comme un levier pour renforcer la capacité et la résilience de la police locale face à des défis comme le trafic de drogue. La centralisation de certaines missions, comme un dispatching unique ou des unités spécialisées, doit permettre aux équipes de terrain de bénéficier de moyens renforcés quand la situation l’exige.